Murale hommage à Gabor Szilasi

«Au centre-ville, une nouvelle murale rend hommage à un grand bâtisseur culturel de Montréal : le photographe Gabor Szilasi! Elle est réalisée par l’artiste muraliste Rafael Sottolichio, sur un mur appartenant à Concordia University, où M. Szilasi a longtemps enseigné. Près de 100 000 photos prises par Gabor au cours de sa vie représentent un témoignage de l’évolution de la société et de l’architecture, principalement à Montréal et dans les régions du Québec. Elle fait partie de la collection des Bâtisseur·e·s culturel·le·s de Montréal, initiée par MU en 2010 et visant à mettre en valeur l’inestimable contribution des créateurs·trices de la métropole de différentes disciplines artistiques, qu’ils soient montréalais d’origine ou d’adoption, au rayonnement local, national et international de la scène culturelle montréalaise.

En collaboration avec ce dernier et sa famille, MU rend hommage à sa contribution à la photographie québécoise en reproduisant deux de ses clichés emblématiques. Son autoportrait, au dessus d’une photo d’une scène hivernale, met en avant son immense travail de portraitiste. La grande photographie, avec des personnes emmitouflées attendant l’autobus, est un cliché intitulé « Tempête de neige », pris en 1971 pendant la tempête du siècle, dans le même secteur que celui de la murale. Gabor Szilasi a rendu visite à l’équipe de MU sur les lieux, lors de la réalisation.

Assistant·e·s muralistes : Amina Mandour, Julian Palma et Nhu Y Ho» —Mu

J’ai été invité à participer à un projet par mes bons amis de Mu. Une murale en hommage à un photographe dont je connais bien le travail, Gabor Szilasi. Gabor Szilasi, comme Bertrand Carrière et Serge Clément, m’ont ouvert les yeux, dans mes jeunes années, sur une manière de voir le monde comme le spectacle magique du quotidien. Avec eux j’ai eu envie de faire de la photo de rue, de voir le monde comme une source d’émerveillement qui peut prendre la parole dans la photo. Leurs oeuvres racontent, je vais faire comme eux. 

Parallèlement, la rencontre avec le célèbre livre de Susan Sontag Sur la photographie m’a ouvert sur un rapport au monde et à l’image que j’étais plus que disposé à recevoir. Étudiant à un moment où la peinture figurative était particulièrement mal perçue dans les institutions d’enseignement et de diffusion, j’ai développé une pratique de peinture dont les enjeux théoriques s’apparentaient à la photo plus qu’à la peinture. Histoire de l’art, sémiologie, philosophie, sociologie ont suivi mais la dette à Susan Sontag m’est apparue récemment. Comme cette photographie, dans la lumière rouge de la chambre noire, trempant dans le révélateur qui sort du vide. 

Cette murale et toutes les rencontres autour de sa production ont provoqué un changement dans mon travail de peinture. Je travaillais à ce moment-là sur une série inspirée de la notion de «nouvel acteur climatique» de Bruno Latour, série qui prend la forme de tableaux représentant des intérieurs en état de déconstruction où viennent se superposer différentes formes colorées. J’ai eu un profond désir de revoir toutes me photos et de peindre en racontant. Au centre de la murale, un travail technique de reproduction fidèle de la photo va superposer des manières différentes de peindre. Inspiré des peintres classiques Diego Velasquez et William Turner, j’avais développé une façon de peindre le monde pleine d’accidents et de zones d’ombre. Comme Gabor raconte en photographiant, j’ai voulu raconter en peignant.